Notre organisme est une formidable machine d’adaptation. Il sait réguler, compenser, réparer à condition d’être sollicité. Or, depuis l’avènement de l’ère industrielle, l’humanité a poursuivi un objectif unique : l’éradication de l’inconfort. Paradoxalement, les pathologies de civilisation (fatigue chronique, troubles métaboliques, dépression) explosent. Et si on repensait l’inconfort pour une meilleure santé ?
L’hormèse (du grec ancien : hormé, « mouvement rapide d’impatience », de hormaínõ, « mettre en mouvement ») est une réponse de stimulation des défenses biologiques, généralement favorable, à des expositions de faibles doses de toxines ou d’autres agents ou phénomènes générateurs de stress (pic de température par exemple). À cause de ce mécanisme, certains toxiques naturels ou agents polluants peuvent avoir un effet opposé suivant que la dose reçue est faible ou forte. Ces agents sont dits hormétiques.
Par exemple, des souris irradiées par des fortes doses de rayonnement gamma ont un moindre risque de contracter un cancer lorsqu’elles ont été précédemment soumises à de faibles doses de rayonnement gamma.
Des facteurs de stress environnementaux susceptibles de produire des effets positifs de stimulation ont été parfois qualifiés de « eustress », les bons stress.
Cet effet, quand il existe, ne doit pas faire oublier qu’il existe également des polluants comme les perturbateurs endocriniens, qui ont des effets toxiques pour de très faibles quantités, et d’autres comme les métaux lourds dont les effets sont synergiques ou cumulatifs dans le temps.
Le concept d’hormèse est utilisé en médecine, mais aussi dans le domaine de la cosmétique dermatologique, ou encore pour le mûrissement artificiel de fruits ou la conservation de certains composés de légumes tels que le brocoli.
Histoire
Antiquité
Selon la légende, le roi Mithridate VI s’est rendu insensible à de nombreux poisons, après en avoir ingéré des quantités d’abord faibles et croissantes.
Après ses 3 guerres perdues, il tente de s’empoisonner, mais immunisé, il dut se faire tuer par un de ses soldats.
Renaissance
Le principe « Rien n’est poison, tout est poison ; c’est la dose qui fait le poison » avait été formulé par Paracelse, à la Renaissance « Qu’est-ce qui n’est pas poison ? Tout est poison et rien (n’est) sans poison. Uniquement la dose détermine qu’une chose n’est pas un poison ».
Epoque moderne
Des travaux conduisirent à la loi d’inversion dite de Arndt-Schulz des traitements symptomatiques : « pour toute substance, de faibles doses stimulent, des doses modérées inhibent, des doses trop fortes tuent. » La découverte de Arndt-Schulz relative à l’homéopathie contribua à discréditer cette loi dans les années 1920 – 30, et elle n’est plus reconnue comme valide pour toutes substances.
Dans le cadre de travaux financés par des acteurs majeurs de l’industrie nucléaire, sur de faibles doses de radiation, la méta-analyse qui a été faite des résultats de l’expérimentation animale montre dans 40 % de ces études une diminution de la fréquence spontanée des cancers chez les animaux après de faibles doses, observation qui avait été négligée car on ne savait pas l’expliquer. »
Les enjeux agricoles
Un insecticide comme la perméthrine peut induire par effet d’hormèse une diminution de la multiplication d’insectes-cibles quand ils ne sont exposés qu’à de faibles doses (doses sublétales), ce qui pose la question de l’efficacité globale du produit.
Chez les végétaux cultivés un phénomène semblable a été identifié pour le glyphosate chez le Haricot.
En 2004, Edward Calabrese a restauré l’idée d’hormèse par ses travaux sur la menthe poivrée (croissance de la plante était plus rapide en présence de faibles doses d’herbicide, alors même que celui-ci était censé inhiber la croissance).
La réglementation
Le phénomène d’hormèse est peu connu du public et des législateurs. Tout changement de réglementation s’appliquant aux faibles doses devrait d’abord considérer les enjeux de santé publique (versus les enjeux industriels) et s’accompagner d’une évaluation des préoccupations du public concernant l’exposition aux faibles doses de substances toxiques. De plus, l’impact d’un changement éventuel de réglementation sur la gestion des risques industriels devrait être étudié.
Se mettre dans l’inconfort (malaise moral) devient bénéfique.
Dans notre quotidien moderne, tout est pensé pour limiter l’effort à déployer : température constante, alimentation disponible en permanence, pollutions, défenses immunitaire, confort maximal. Ce confort permanent, s’il est sanitaire, a pourtant un effet insidieux: il réduit progressivement les capacités adaptatives de l’organisme.
Le vivant fonctionne autrement. Il se renforce lorsqu’il est exposé à des contraintes brèves, modérées et répétées. C’est ce principe que l’on appelle l’hormèse. Loin d’une recherche de performance ou de dépassement extrême, ce concept repose sur une idée simple: ce qui sollicite sans épuiser renforce.
Et si la clé de notre vitalité résidait dans notre capacité à nous confronter, avec justesse, à l’adversité ! car si cette commodité nous protège de l’immédiat, il nous fragilise sur le long terme et affaiblit nos capacités naturelles. Ce sont ces mécanismes, issus de la physiologie la plus fondamentale.
L’exemple du stress
Le stress peut être un secours. Il est souvent associé à l’épuisement, à l’insomnie, au mal-être, a la surcharge mentale ou à d’autres troubles de santé. Ainsi, tout stress n’est pas nocif.
En physiologie, il existe une différence fondamentale entre:
- un stress chronique, intense, subi, il épuise;
- un stress court, maîtrisé, volontaire, il stimule.
L’hormèse appartient à la seconde catégorie. Elle repose sur un principe physiologique simple: lorsqu’un organisme est exposé à une contrainte légère mais inhabituelle, il mobilise ses ressources internes pour s’adapter.
Le stress chronique est une érosion : une pression constante, qui maintient le taux de cortisol élevé et épuise les glandes surrénales.
L’hormèse est une secousse, un starter : un stress aigu, volontaire, bref, suivi d’une phase de repos profond. C’est dans cette alternance que se construit la santé.
Tel est le principe de l’hormèse : une exposition brève et modérée à une contrainte (froid, chaleur, effort, jeûne) déclenche une réponse adaptative qui rend l’organisme plus résistant qu’il ne l’était auparavant.
La limite adaptative
Chacun d’entre nous a un point d’équilibre qui lui est propre, c’est ainsi que la capacité d’adaptation sera relative à chaque personne.
Pour certains, une douche à 20°C sera la limite acceptable d’exposition au froid, là où d’autres pourront rentrer dans un bain froid à 6°C. Ce n’est pas la notion de quantité et de mesure qui prime mais la capacité pour chaque organisme de tester sa propre limite. Il y a donc autant de voies hormétiques qu’il y a d’individus.
Cette adaptation crée un rebond positif: le corps devient plus résistant, plus efficace, plus stable. À l’inverse:
une contrainte trop faible ne provoque aucun effet ;
une contrainte trop forte dépasse les capacités adaptatives et devient délétère, car l’organisme n’aura pas les ressources pour créer le rebond bénéfique engendrant l’amélioration.
La zone hormétique se situe donc juste au-delà de votre capacité actuelle. Ce qui est fascinant, c’est que cette zone est dynamique: plus on pratique l’hormèse, plus notre capacité d’adaptation s’élargit. Ce qui nous essoufflait hier devient notre échauffement aujourd’hui. L’hormèse n’est pas une souffrance ou un dépassement extrême, c’est un dialogue avec son corps.
Les bénéfices de l’hormèse
Tout le monde peut pratiquer l’hormèse. Il existe bien évidemment des contre-indications spécifiques pour certains exercices, mais la multitude de voies hormétiques permet toujours de trouver une pratique qui vous sera adaptée. Voici les bénéfices que l’on peut attendre.
1. Au niveau de la vitalité
- gagner en capacité respiratoire
- retrouver une meilleure digestion
- améliorer son sommeil
- renforcer le système immunitaire
2. Au niveau physiologique
- aider à éliminer les toxines de l’organisme
- réduire les phénomènes de vieillissement cellulaire
- restaurer les dérèglements de la thyroïde
- diminuer l’alcalose du corps (terrain favorable au cancer)
- retrouver une meilleure circulation sanguine et veineuse
- favoriser la perte de poids
- Renforcer le métabolisme
3. Au niveau mental
- réduire le stress et l’anxiété
- améliorer les capacités cognitives et de concentration
- augmenter la confiance en soi
L’idée générale que de faibles doses puissent avoir des effets différents des doses fortes (et parfois radicalement différent) est connue et appliquée, mais cela ne signifie pas nécessairement que l’effet de la faible dose soit à proprement parler bénéfique.
Si l’hormèse est relativement courante, l’enjeu de santé publique et de santé environnementale est de l’intégrer aux pratiques d’évaluation toxicologiques, puis à la réglementation des toxiques et aux pratiques d’évaluation et de gestion des risques.
Mieux comprendre ce phénomène et identifier les seuils d’hormèse pourrait aussi améliorer la prévention et le traitement de nombreuses maladies, mais aussi pourrait permettre de promouvoir une meilleure santé publique en ce qui concerne les résultats de santé.
Vous ne trouverez dans aucun dico le mot « Hormèse ». Que font nos académiciens qui ont oublié d’intégrer ce concept inédit, sinon « se rouler les pouces ».
Les morsures du serpent
Pour créer un anti-venin universel destiné à sauver les humains suite aux morsures de serpents dans le monde entier, un immunologiste s’est injecté des centaines de doses de venins mortels.
Constamment exposé à des risques d’envenimation, Friede a réalisé qu’il lui fallait développer une certaine immunité. Sa stratégie consistait à booster son organisme pour produire des anticorps lors des morsures, il pourrait être physiquement plus à même de faire face à une future morsure, c’est ainsi qu’il a commencé à extraire le venin de ses serpents de compagnie ( cobras, mambas, serpent a sonnette) et à se les injecter à plusieurs reprises en tenant soin de les diluer.
Au laboratoire Centivax, disposant de cet anti-venin universel tant rêvé, les biologistes souhaitent révolutionner ces méthodes dépassées. En utilisant les anticorps présents dans leur sang très dilués, ils espèrent cibler les sites de liaison aux protéines communs aux serpents les plus mortels. L’un des anticorps de Friede, qu’ils ont baptisé Centi-LNX-D9, présente un intérêt tout particulier. Lors d’expériences menées sur des souris de laboratoire, il a fourni une protection complète et largement neutralisante contre le venin entier du cobra à monocle, du mamba noir, du tricot rayé jaune, du cobra égyptien, du cobra du Cap, du cobra indien et du cobra royal.
CLEOPATRE, entre mythe et réalité
Redoutant d’être empoisonnée par un serpent, elle commence à prendre des petites doses progressives de venin, pour échapper à une mort programmée, cette subtilité se réfère à la mithridatisation.
Insaisissable, Cléopâtre ne cesse de hanter les imaginaires. À l’Institut du monde arabe, près de 250 œuvres et objets – antiquités, peintures, films (ici, Elizabeth Taylor dans Cléopâtre, de Joseph L. Mankiewicz, 1963)… – retracent la construction d’un mythe, entre vérité historique et fantasmes culturels. Née vers 69 av.J.-C.
À Alexandrie, cette cheffe d’État redoutable se serait finalement suicidée pour éviter d’être capturée par l’ennemi romain. Son insoumission en fait, pour certains, une icône féministe avant l’heure. Sa vie et sa mort ont inspiré nombre d’artistes, et nourri la culture de masse.









