L’ascèse ou ascétisme est une discipline volontaire du corps et de l’esprit cherchant à tendre vers une perfection. L’ascèse est couramment rattachée à diverses religions, mais son usage n’est pas limité à celles-ci ; il s’étend notamment aux exercices spirituels pratiqués dans les écoles de philosophie antique.
À l’origine du terme « ascèse », le mot grec askêsis, signifiant « exercice » ou « entraînement » s’appliquait à de nombreuses activités et en particulier à l’athlétisme, bénéficiant ainsi d’une signification originelle purement physique. Au Ve siècle apparaîtra, à travers le latin, le mot asceta ou asceteria, signifiant « moine/religieuse », « monastère/couvent ». Il en découlera le mot moderne d’ascèse.
Les dictionnaires définissent généralement les ascètes comme étant des gens qui mortifient leur corps par de dures privations, qui s’imposent une vie rude et austère en se privant considérablement.
Bien des exagérations ont discrédité l’ascétisme. Tout ascétisme exagéré est erreur.
Notre corps, prêté, doit être respecté et bien entretenu. Nous devons savoir vivre sainement dans la joie, en respectant tout équilibre : toute exagération est faute.
En grec askein veut dire exercer, et askesis : exercice ; l’ascèse, ce sont des exercices d’éveil pour grandir, pour croître dans le développement de la liberté intérieure en mettant tout notre être en rapport étroit avec l’Esprit, avec les Forces Cosmiques, avec la Conscience-énergie, avec l’Énergie vitale, avec la Présence, avec le Divin (suivant le nom que nous préférons donner à notre Essence).
L’ascèse doit être une discipline comparable à celle du sportif tendu vers un but qui obtiendra une victoire sur lui-même. C’est une technique au service de l’homme ascensionnel. On pratique l’ascèse sans forcer, dans l’équilibre, dans l’harmonie, en évitant tout excès, mais avec résolution, sans confondre désir et but. Il faut dépasser le désir, qui n’est que faiblesse, pour atteindre le but en progressant.
Nombreux sont ceux qui s’arrêtent au désir ; mais le désir n’est que souhait, molle tendance, intention, voire prétention… non objectif réel et aboutissement.
L’ascèse a pour but de réorienter nos désirs. Il ne s’agit pas de vouloir anéantir ses désirs ; on ne le pourrait, ce que l’on comprime d’un côté ressort de l’autre sous une forme différente. La contrainte est toujours néfaste.
Nous avons tous plus ou moins tendance à nous recroqueviller. Combien d’individus ont leur dedans littéralement coincé !
L’ascèse avec le temps et de la patience doit dégager de l’espace alors que l’ascétisme exagéré et contraint enchaîne, assujettit à des idées, déforme et même assassine la vraie spiritualité.
Elle doit conduire, pas après pas, à un certain détachement libérateur, libérateur du Moi tout en le respectant. Elle doit raviver le Moi et vivifier la torpeur spirituelle ; elle doit faire passer de l’apathie spirituelle à la Relation vivante, lumineuse, sereine.
L’ascèse est une action vigilante sans tension ; elle mène à la vigilance intérieure sans tension la personne qui restait à la périphérie d’elle-même. Elle conduit celui qui se laissait hypnotiser par l’extérieur, au gré des vagues, des événements, des modes, des idéologies ambiantes, ou du petit train-train quotidien… à prendre conscience d’une nouvelle hiérarchie des valeurs.
Elle conduit peu à peu à vivre dans l’autonomie, à vivre libre, éveillé au Divin, aux autres, à l’Univers, à l’Infini, à l’Intemporel et à la joie de vivre dans l’équilibre et l’harmonie, pour le bien de tous, comme de soi-même.
Avec l’aide de l’ascèse, la gnose est une recherche de l’Absolu. L’ascèse est une pratique régulière d’exercices adaptés, type yoga, zen, méthode Vittoz, méthode Ramain, … accompagnés de la prière, ou Relation avec les Forces Cosmiques, la Conscience-Energie, Dieu… (Chacun donne le nom qu’il souhaite à l’ « Innommable ».) qui EST. L’ascèse comporte aussi une nourriture saine, équilibrée, modérée, non excitante.
L’ascèse est une lente recherche de sage équilibre, d’harmonie, de saine joie de vivre pour être utile aux autres. Rien de bien ne se fait sans le temps.
Religions
Christianisme
Il est nécessaire de rappeler que les réalités ecclésiales sont très diverses. La compréhension et surtout la pratique de l’ascèse n’échappent pas à cette diversité, notamment entre l’Église catholique de rite romain ou de rite oriental et les Églises-sœurs orthodoxes. Toutes ces Églises ont conservé la vie religieuse et en particulier la vie monastique qui sont, par excellence, les lieux où se pratique l’ascèse.
« Le chemin de la perfection passe par la Croix. Il n’y a pas de sainteté sans renoncement et sans combat spirituel. Le progrès spirituel implique l’ascèse et la mortification qui conduisent graduellement à vivre dans la paix et la joie des Béatitudes ».
Au désert, le Christ a mené un combat spirituel dont il est sorti victorieux. À sa suite, il ne s’agit pas de fournir des efforts par nos propres forces humaines mais de laisser le Christ nous habiter pour faire sa volonté et nous laisser guider par l’Esprit.
Islam
Le Zuhd est l’une des notions très importantes dans le cheminement spirituel dans l’islam, qu’on traduit parfois par ascétisme, mais aussi par « détachement », ou « renoncement » dans le but d’un rattachement à la divinité. Zâhid est un terme signifiant « ascète », utilisé pour désigner les musulmans. Pour P. Lory, « le zuhd, c’est faire tout son effort pour se libérer des attraits de l’âme charnelle afin de pouvoir se consacrer à la joie du service d’Allah ». Plusieurs références à l’ascétisme se trouvent dans le Coran.
Judaïsme
Dans la religion juive, le « détachement » ou le « renoncement » deviennent le point de rencontre entre la théologie plus rigoureuse des Dix Commandements, l’éthique de l’auto-contrôle/inhibition ou, plus simplement, de la « vigilance pour ne pas transgresser », et enfin de la conception de la Kabbale qui considère l’âme et le corps comme deux modèles du monde supérieur, le monde spirituel, et de l’Assiya (monde de l’action et de la création et celui des sens… et de la foi tangible en Dieu) et vécu aussi dans le pragmatisme quotidien des préceptes juifs de la Halakhah (prescriptions et coutumes juives : loi juive), les Mitzvot (prescriptions de la Torah). L’âme et le corps sont ainsi unis dans le sceau spirituel de la Kedoucha (sanctification de Dieu), la « sainteté juive » : cela se produit avec des Kavanot spécifiques pour la Yehidah (Étincelle divine qui investit la partie la plus raffinée de l’âme, niveau le plus profond de l’âme) comme le Bitul ou auto-annulation spirituelle intérieure de l’ascèse mystique juive.
Bouddhisme
Exemple d’ascèse dans le bouddhisme : Siddhartha Gautama (le premier Bouddha) a vécu un moment de sa vie en ascèse extrême avant de chercher la voie du milieu qui lui permettra d’atteindre la libération.
Philosophie
Socrate et Platon
Socrate (469–399 av. J.-C.) était considéré comme modèle de la vertu. Son élève Xénophon louait sa maîtrise de soi (enkráteia) et trouvait que Socrate l’avait plus que tout autre. Il était le plus endurant pour lutter contre le froid, la chaleur et toutes autres pénibilités, et avait posé comme fondement de la vertu sa maîtrise de soi, car sans elle, tout effort était vain.
Platon plaide pour une vie simple, en accord avec la nature et non pas opulente. Il n’entendait pas par là un retour à une civilisation primitive, mais une purification de tout excès. Grâce à cela, les hommes pourraient atteindre un état de circonspection et de calme intérieur. Seuls les besoins vitaux devaient être remplis, mais sans aller au-delà de ce qui est nécessaire. Comme son maître Socrate, Platon insistait sur l’importance de l’acquisition d’une retenue. Par l’ascèse, il entendait des exercices intellectuels, qui se fondaient sur la pensée et la volonté et visaient l’areté (compétence, vertu, excellence) : on devrait « s’exercer à la justice et aux autres vertus ». S’entraîner à vivre et à mourir était la meilleure façon de vivre.
Kant (1724 – 1804)
Kant pense que l’ascétisme reflète la manière de vivre de tous les hommes, leur but propre afin d’atteindre le bonheur « suprême ».
Critique de Nietzsche (1887)
La plus grande partie de l’ouvrage de Nietzsche, Généalogie de la morale, est intitulée Que signifient les idéaux ascétiques ? (« Troisième Dissertation »), où il développe une critique radicale de l’ascèse et de ceux qui la prescrivent, responsable selon lui de ruiner la santé, et d’être contraire à la vie, le tout aux noms de croyances et de préjugés philosophiques ou théologiques, de l’existence d’un arrière-monde.
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Florilège
Ascèse a le même sens qu’ascétisme, mais avec une nuance : ascèse concerne moins les exercices ou les privations matérielles, et davantage la vie intérieure.
A.LALANDE, Voc. de la philosophie
Appelons ascèse l’effort héroïque de volonté qu’on s’impose à soi-même en vue d’acquérir l’énergie morale, la force et la fermeté de caractère.
DUGAS, Éducation du caractère
Même poussée a l’extrême rigueur, l’ascèse, dans la morale religieuse et spécialement chrétienne, n’est pas la recherche de la douleur pour la douleur (…) elle n’est pas non plus expiation pénitentielle et mortification servile à base de crainte, mais elle est libération et croissance des puissances supérieures, preuve d’amour et moyen d’union, en dégageant l’homme de son égoïsme, de ses limites naturelles pour le faire participer à l’ordre de la charité. La « vie purgative » est condition intrinsèque de la « vie illuminative » et de la « vie intuitive ».
M. BLONDEL, in LALANDE, Voc. de la philosophie
Le saint et l’artiste sont amenés, l’un comme l’autre, après les tentations et les luttes, à se faire une vie d’ascèse.
A.MAUROIS, À la recherche de Marcel Proust








